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#1175 MUNICIPALES 2026 : David GUIRAUD

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4–6 minutes

Dans le cadre de notre série d’entretiens consacrée aux municipales de 2026 à Roubaix, nous avons reçu David Guiraud, tête de liste de « Fier de Roubaix ». Député de la France insoumise, figure politique désormais bien identifiée au niveau national, il dit vouloir ramener le débat sur le terrain roubaisien, là où se croisent pauvreté massive, mal-logement, sentiment d’abandon et aspiration à une autre manière de faire de la politique locale.

Dès le début de l’échange, une question s’impose : pourquoi viser la mairie quand on siège déjà à l’Assemblée nationale ? David Guiraud assume ce choix. Pour lui, Roubaix n’est pas un simple point d’ancrage électoral ni un décor symbolique. C’est une ville où les difficultés sociales sont telles qu’elles exigent une action politique directe, concrète, quotidienne. Il défend l’idée qu’un mandat local permet d’agir autrement, au plus près des habitants, sur des sujets que les grands discours nationaux ne règlent pas : le logement dégradé, les inégalités entre quartiers, l’accès aux services, la participation citoyenne, ou encore la santé mentale des jeunes.

L’un des fils rouges de l’entretien, c’est justement cette volonté de partir du réel roubaisien. David Guiraud parle d’une ville à la fois stigmatisée et oubliée, souvent réduite à ses statistiques de pauvreté, à ses faits divers ou à ses caricatures. Il ne nie pas l’ampleur des problèmes. Au contraire. Mais il refuse que Roubaix soit seulement regardée comme une ville en échec. Derrière les chiffres, dit-il en substance, il y a une population jeune, des solidarités, des énergies, et une dignité qui ne demande qu’à être reconnue. La question, au fond, est simple : que fait-on politiquement quand une ville concentre autant de fragilités ?

Sur le logement, le ton se durcit. L’insalubrité, les marchands de sommeil, les passoires thermiques, les bailleurs peu scrupuleux : David Guiraud décrit un système qui, selon lui, laisse trop souvent les habitants seuls face à des situations indignes. Derrière cette critique, il y a une conviction : la mairie ne peut pas se contenter d’être une administration de gestion. Elle doit redevenir une autorité politique capable de protéger. Sur ce point, l’entretien touche quelque chose de central à Roubaix : beaucoup d’habitants ont le sentiment que les institutions voient, savent, constatent… mais interviennent trop tard ou trop faiblement.

Autre thème lourd : les relogements, l’organisation de la Métropole européenne de Lille et les écarts entre communes. David Guiraud insiste sur le fait que toutes les villes ne portent pas les mêmes charges sociales, ni les mêmes difficultés, alors qu’elles appartiennent au même ensemble métropolitain. En creux, il pose une question qui dépasse sa candidature : Roubaix supporte-t-elle une part disproportionnée des problèmes sociaux de la métropole ? Et si oui, pourquoi cette réalité reste-t-elle aussi peu assumée politiquement ?

La sécurité est abordée sans détour, mais sans se limiter au réflexe du tout-répressif. Réunions de quartier, présence publique, dialogue avec les habitants, capacité à traiter rapidement les problèmes concrets : David Guiraud défend une approche où la tranquillité ne se résume pas à des effectifs ou à des slogans. Il parle aussi de démocratie locale, des mairies de quartier, du besoin de redonner prise aux habitants sur leur cadre de vie. Là encore, il y a une ligne : une ville se tient mieux quand ceux qui y vivent ont le sentiment d’être écoutés, considérés, associés.

L’entretien devient particulièrement intéressant quand il aborde la participation citoyenne. Roubaix connaît une abstention massive. Ce n’est plus un accident, c’est presque une habitude politique. David Guiraud y voit le symptôme d’une rupture profonde entre une partie de la population et la représentation politique classique. Il évoque des dispositifs comme le budget participatif ou même l’idée d’indemniser des citoyens pour du temps consacré à la vie démocratique locale. Proposition discutable pour certains, stimulante pour d’autres, mais qui a au moins le mérite de remettre une vraie question sur la table : comment redonner envie de participer à celles et ceux qui ne croient plus que leur voix change quoi que ce soit ?

Sur la santé mentale des jeunes, le propos prend une autre tonalité. Plus grave, plus attentive aussi. David Guiraud insiste sur une souffrance souvent reléguée derrière d’autres urgences, alors qu’elle traverse de nombreux parcours à Roubaix. Isolement, précarité, anxiété, décrochage : la mairie ne peut évidemment pas tout, mais elle peut, selon lui, impulser, coordonner, soutenir, ouvrir des lieux, créer des passerelles. C’est un sujet qu’on entend encore trop peu dans les campagnes municipales, alors même qu’il touche à la fois l’école, la jeunesse, la famille, la prévention et la cohésion sociale.

Ce qui ressort au final de cet entretien, c’est moins un catalogue qu’une tentative de repositionner la mairie. David Guiraud défend une lecture politique de la ville : Roubaix ne doit pas être administrée comme une commune parmi d’autres, mais gouvernée à partir de ses fractures bien particulières. Cela suppose de choisir des priorités, d’assumer des conflits, de poser la question des rapports de force avec la métropole, avec l’État, avec certains acteurs privés aussi.

Reste évidemment l’épreuve du réel. Une campagne municipale, ce n’est pas seulement un diagnostic, même convaincant. C’est aussi une crédibilité de gestion, une équipe, une capacité à rassembler au-delà de son socle, et une réponse à une question que beaucoup d’électeurs se poseront : un député très exposé nationalement peut-il incarner durablement une proximité municipale ? C’est l’un des enjeux de cette candidature.

À Roubaix, la bataille de 2026 ne se jouera pas seulement sur des étiquettes. Elle se jouera sur une chose plus simple et plus rude : qui paraît le plus capable de comprendre la ville telle qu’elle est, et de prendre au sérieux ceux qui y vivent. Avec cette interview, David Guiraud a posé ses marqueurs. Aux habitants, désormais, d’en juger.


À travers cette série d’entretiens, LeBlog2Roubaix souhaite offrir aux habitants un espace d’information et de réflexion autour des élections municipales de Roubaix 2026.


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