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La Croix du Nord « Elections municipales : l’abstention, un acte simple aux multiples facettes, du désintéret à l’utopie »

Dans ce dossier de l'hebdomadaire la Croix du Nord, Cécile Huyghe aborde divers aspects de l'abstention et déclare qu'il "n'est pas trop tard pour guérir notre démocratie malade". Ci-dessous quelques extraits.

Pourquoi les Roubaisiens désertent-ils les urnes ? (article original à lire ici)

Par Cécile Huyghe
Roubaix, quartier de l’Hommelet. Sur le trottoir du boulevard de Strasbourg, une grande affiche dans un panneau publicitaire vitré. « Arme de démocratie massive » peut-on y lire au-dessus d’une main qui brandit une carte d’électeur, le tout accompagné d’un rappel des dates des deux tours de scrutin des élections municipales.

L’affiche diffusée par la municipalité veut susciter la participation dans une ville où le taux d’abstention a atteint 60,5 % au premier tour des municipales de 2008, ce taux pouvant même grimper à 80 % dans certains quartiers, selon les élections.

À quelques mètres du panneau, quatre jeunes discutent devant une des nombreuses maisons de type 1930. Parmi eux, Quentin et Anatole, 24 et 23 ans, expliquent qu’ils ne sont jamais allés voter. « Ça ne me dit rien. Je m’en fous. Je ne vois pas ce que ça change dans ma vie d’aller voter », avance le premier. « Je ne crois pas en la politique, soutient le deuxième. Les maires et leur entourage font les choses pour eux, pas trop pour la ville. On les voit pendant la campagne et après les élections, ils disparaissent. »

Isaac de son côté affirme qu’il a toujours participé aux élections. Il lit les tracts des candidats qu’il reçoit, même s’il trouve « qu’ils mettent toujours les mêmes choses ». Il connaît les noms de différentes têtes de listes. Il aimerait davantage de réalisme, que les candidats « ne promettent pas la lune ».

Des pions

Lorsqu’on leur demande ce qu’ils attendent des politiques, la réponse tient en quatre lettres : rien. « On est la classe moyenne et on subit, s’indigne Mickaël, 29 ans. Ceux d’en dessous, ils ne disent rien parce qu’ils n’ont rien. Ceux d’au-dessus, ils ont les moyens de faire ce qu’ils veulent. Les seuls boulots qui existent à Roubaix, ce sont les boîtes d’intérim qui les proposent. Il n’y a rien. Et nous, on n’est rien. On subit ce que l’État a envie de faire. On est des pions. C’est celui qui a de l’argent qui a des droits. Mais on ne va pas se plaindre : on a de quoi s’habiller, on est là, vivants. »

Au 64 du boulevard de Strasbourg, Bruno, Sophie, Sylvie, Nasser, Mahmoud et Nunzia sortent de leurs locaux du comité de quartier. Depuis 2002, ils mènent l’action qu’ils ont intitulée Je pense donc je vote. Munis de tracts et vêtus de t-shirts floqués, ils sonnent aux portes des habitants et interpellent les passants pour les inviter à participer à un café citoyen sur le thème de la campagne des municipales.

Sarœun, 38 ans, rentre chez elle en compagnie de sa fille. « Cela fait longtemps que j’ai déménagé et je ne me suis pas réinscrite sur les listes électorales. Je regarde les programmes. » Le petit groupe s’est arrêté devant la friche d’une ancienne usine : des vitres brisées, des murs qui tombent en ruines, des détritus qui jonchent le sol. « L’usine est fermée depuis une dizaine d’années, raconte Rosine, 46 ans, habitante du quartier depuis 25 ans. On vit avec un dépotoir en face de chez nous. On a fait de multiples pétitions. On s’est battus avec les voisins pour nettoyer la rue. Nous n’avons pas le sentiment d’être entendus. » Rosine s’est longtemps abstenue. « Comme ça ne change rien, je vais voter depuis quatre ans. »

Pas de lien avec le quotidien

Plus loin, devant un grand magasin du centre-ville, la question de l’abstention suscite un échange entre Mohamed et Rachid. Le premier ne vote pas, contrairement au second. « Je pense qu’il y aura beaucoup d’abstention, estime Rachid. Je comprends que les gens soient dégoûtés et qu’ils n’aillent plus voter. Ils ne voient pas l’impact des décisions sur leur quotidien. » Ce à quoi Mohamed ajoute que lorsqu’on est en souffrance, ce n’est pas une priorité d’aller voter. La politique, l’homme de 40 ans la laisse aux professionnels. « Il y a des mecs qui font le boulot. Je n’ai pas le sentiment d’avoir accès à cela. Les élus votent des lois, décident des budgets, cela me dépasse. »

Les deux hommes pointent également une dimension culturelle. « Nos parents sont des immigrés. Ils n’ont pas le droit de vote. Je n’ai pas été élevé dans la culture du vote. Je connais des personnes qui ont une carte de résident depuis 30 ans et ils n’ont pas le droit de vote », rapporte Mohamed.

Pour autant, celui-ci ne se désintéresse pas de la question du vivre ensemble. « Ma vision de la politique, c’est plutôt aider sa famille, son voisin. Attendre des choses d’une instance supérieure c’est compliqué. Nous, on serait plus sur l’idée d’agir à l’échelle d’un quartier. » Et il poursuit en évoquant des lieux et des actions de solidarité. « Le directeur du centre social, c’est parfois le politique du quartier », souligne un ami qui s’est joint à la discussion.
https://leblog2roubaix.wordpress.com/wp-admin/post-new.php
Tous les trois questionnent la présence des élus sur le terrain. La conclusion de Mohamed est sans appel : « On est une génération qui a étudié. On ne fonde pas trop d’espoir sur la politique donc on n’a pas de déception. Et puis, les quartiers qui ne votent pas, on ne fait rien pour eux. »

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« Une action de sensibilisation des élus et des citoyens » (article original à lire ici)

Par Cécile Huyghe
Face à la montée de l’abstention, le comité de quartier de l’Hommelet à Roubaix a créé en 2002 l’action Je pense donc je vote. En décembre 2013, salariés et bénévoles ont incité les habitants à s’inscrire sur les listes électorales au travers d’un slogan détournant des messages publicitaires : « Pour les fêtes, faites le plus beau des cadeaux : offrez la démocratie. »

« Avant on invitait les candidats mais ces derniers temps, nous avions des difficultés à en mobiliser certains, raconte Bruno Lestienne, permanent habitant du comité de quartier. Nous réalisons donc des interviews que nous diffusons sur notre blog et nous distribuons des tracts pour inviter les habitants à les visionner. »

L’équipe organise également des cafés citoyens. Pour le dernier en date, programmé mercredi, le comité avait invité des colistiers pour discuter de la campagne autour d’un bol de soupe.

« Cette action nous permet de mettre sur la table la question de l’abstention à chaque élection, note Bruno Lestienne. Celle-ci interpelle les politiques à travers les médias. Elle questionne la responsabilité des partis et du monde politique. »

Car les membres du comité de quartier soulignent que les politiques rejettent souvent la faute sur les citoyens. « Voici ce que j’ai entendu : “Les gens sont à mille lieux de comprendre les enjeux” ; ou encore : “Les gens ne trouvent pas les bureaux de vote” », indique le permanent habitant. « Un élu a dit que comme les gens ne sont pas instruits ils ne vont pas voter », ajoute Nunzia, bénévole.

L’idée de l’équipe, c’est de responsabiliser les citoyens plutôt que de les culpabiliser, en leur proposant aussi de s’investir dans leur quartier. « Ce faisant, on arrive à obtenir des choses », note Sylvie présidente du comité de quartier. Comme la commande d’une œuvre à Wim Delvoye - artiste de notoriété internationale -, visible au carrefour de l’avenue des Nations-Unies et la rue Saint Antoine.

Toutes les infos sur l’action Je pense donc je vote sur : leblog2roubaix.com

 

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